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A propos de l'avis du CCNE sur la PMA

Sans surprise, le comité consultatif national d'éthique (CCNE) a donné un avis favorable à l'accès de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, y compris pour les couples de femmes et les femmes célibataires. Depuis l'adoption du mariage pour tous, on ne voit pas comment les choses pouvaient aller autrement... Et les anti-mariage pour tous ont vite fait de ressortir les vieux slogans : autoriser la PMA pour toutes, c'est le premier pas vers l'autorisation de la gestation pour autrui (GPA) ! Sauf que ce n'est pas l'avis du CCNE...

En effet, le comité émet un avis nuancé. Même sur la PMA, il y a eu des débats internes et la décision ne s'est pas faite à l'unanimité (environ un tiers du comité y était opposé). L'avis du CCNE est aussi assorti de « points de butée » dont il faut tenir compte, comme les conséquences pour l'enfant ou le risque de marchandisation accrue. Il suggère même de tenir compte de la situation différente que représente un couple de femmes ou une femme seule quant au remboursement par l'Assurance-maladie. Il s'agit donc bien d'un avis nuancé, et la nuance n'est pas toujours bien relayé dans les médias (pour un exemple de présentation nuancée : cet article du Monde)... et je ne parle même pas des réseaux sociaux dans lesquels la notion même de nuance semble ne plus exister !

De plus, le CCNE reste toujours opposé à la GPA : pas question d'autoriser les mères porteuses en France. Le comité recommande même un renforcement de l'interdiction au niveau national et international. La PMA pour toutes les femmes n'impliquent donc pas la GPA pour tous ! Et nous pouvons nous en réjouir ! Plus encore, le CCNE a décidé de ne pas suivre l'avis de l'académie de médecine qui s'est prononcée pourtant la semaine dernière en faveur de l'autoconservation d'ovocytes, c'est-à-dire la possibilité pour les femmes qui le souhaitent de faire prélever leurs ovocytes et de les congeler pour procréer plus tard. Et là aussi, nous pouvons nous en réjouir !

Evidemment, l'avis de la CCNE n'est que consultatif. Le comité a mis quatre ans à donner son avis sur la question. Si la loi doit changer (et le gouvernement a sans doute d'autres chantiers prioritaires, à commencer par la loi travail), il y aura un débat publique qui, je l'espère, ira au fond de la question. Mais j'ai peur, au vu des réactions, qu'on retombe dans le "débat" caricatural du mariage pour tous, avec ses invectives simplistes et ses noms d'oiseaux... Encore une raison pour que dans les Eglises aussi, on essaye d'aborder ces questions avec intelligence et nuance.

De par mes conviction chrétiennes, je suis réservé quant à la généralisation de la PMA à toutes les femmes, je reste attaché au modèle familial traditionnel et au couple hétérosexuel. Malheureusement, cette phrase suffira sans doute à certains pour me traiter de réactionnaire homophobe... Mais notre réflexion sur une telle question sociétale peut-elle faire l'économie de la réalité des faits ? La réalité des couples homosexuels mariés dans notre pays, des enfants élevés de fait par deux pères ou deux mères, des femmes qui vont procéder à une PMA en Belgique ou en Espagne, là où c'est autorisé, etc. La réflexion éthique doit tenir compte du réel... et surtout, on ne peut pas demander au comité d'éthique de se positionner comme si nous vivions dans un pays chrétien (si tant est que cela puisse exister) ! Et là, sans doute que d'autres me traiteront de chrétien infidèle, compromis avec le monde...

Tant pis... j'assume mon souci d'équilibre. Même si d'autres encore me traiteront peut-être d'indécis, de tiède ou de dégonflé ! Dur dur d'avoir un avis nuancé aujourd'hui...

Commentaires

  1. Merci d'avoir voulu être complet et donc nuancé. Quitte effectivement à ne pas être bien compris de part et d'autre.
    C'est le prix à payer.

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  2. Merci pour ce commentaire si rapide et bien nuancé. Je serais encore plus affirmatif pour dire qu'il n'y a pas de pays chrétiens. Et si des chrétiens choisissaient de s'engager en politique, qu'ils sachent bien que les décisions qu"ils prendront ne seront très souvent que des compromis entre l'idéal et la réalité. C'est pourquoi ils auront besoin d'une grande sagesse et des prières de l'Église.

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  3. Merci Vincent pour ton commentaire nuancé (bien libriste !).

    Permets-moi de préciser qu'intelligence et nuance doivent être complétés, à mon avis, par clairvoyance. Je mentionnerais juste deux points :

    1 – « l'avis du CCNE n'est que consultatif » mais le Président de la République a annoncé qu'il le suivrait ! Par ailleurs, on sait que sa composition a été "adaptée" par le précédent pouvoir en place. Le pasteur et professeur d'éthique Louis Schweitzer en a fait les frais... Donc la neutralité de cet avis est toute relative.

    2 - "le CCNE reste toujours opposé à la GPA : pas question d'autoriser les mères porteuses en France." Certes, mais le pas suivant aura forcément lieu. Les couples de femmes pourront obtenir un enfant grâce à l'outil PMA. Les hommes ne pourraient-ils pas bénéficier de cela grâce à l'outil GPA ? Comment notre société pourrait-elle tolérer une telle "injustice", une telle "inégalité" entre femmes et hommes ?

    Je crains que ton avis nuancé ne doive être nuancé - négativement - par la réalité des évolutions de la société, du fonctionnement politique de notre pays et du pouvoir des lobbies.

    Luc-Henri

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    Réponses
    1. Le président de la République avait non seulement annoncé qu'il tiendrait compte de l'avis du CCNE... mais il avait même laissé entendre qu'il était favorable à la PMA pour toutes les femmes. Donc, pas de surprise ! Pour le 2e point, je ne serais pas aussi catégorique que toi. Je ne suis pas sûr du tout que "le pas suivant aura forcément lieu"... la PMA c'est une chose, la GPA une autre. Le président de la République lui-même a dit qu'il était opposé à la GPA. Et surtout je me réjouis que le CCNE soit aussi clair sur cette question ! Nous verrons... et restons vigilants !

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    2. pour avoir assisté à bien des débats sur la question dans des cénacles très spécialisés, la question de la GPA et de la PMA pour les femmes en couple lesbien ou seules n'est pas envisagé sous le même prisme. En effet, la question de la physiologie féminine, la fameuse horloge biologique liée aux hormones, est prise en compte. Il est considéré comme physiologique pour une femme de porter un enfant. Et pas pour les hommes. C'est pourquoi il ne faut pas forcément penser que la GPA sera autorisée pour les hommes. En revanche, la question de la GPA pour les femmes privées d'utérus et ne pouvant bénéficier d'une greffe d'utérus se posera certainement dans les décennies à venir. Comme le dit le Pr Pellicer, fondateur des cliniques IVI en Espagne : la GPA s'imposera pour ces femmes quand on aura résolu la question de la marchandisation du corps de la femme.

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