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Un bon évangélique ?

Parfois, j'ai l'impression de ne pas être un bon évangélique... Je ne me reconnais pas dans certaines prises de positions, dans ce que je lis régulièrement sur les réseaux sociaux de la part d'évangéliques… Et je ne parle même pas de l'image qu'en renvoient les médias (même si c'est mieux qu'il y a quelques années) !

Je suis aussi mal à l'aise avec ce qui est souvent mis en avant aujourd'hui comme marqueurs évangéliques, comme les questions d'éthique sexuelle et familiale, ou l’exégèse de certains textes bibliques particuliers (les premiers chapitres de la Genèse, ceux qui parlent de la place et du rôle des femmes...). Comme si être évangélique aujourd'hui, c'est être anti-avortement, anti-mariage homosexuel, anti-évolutionnisme et anti-féminisme. Essentiellement réactionnaire, donc... Je ne développerai pas ici ces questions mais cela mériterait, et c'est un euphémisme, quelques nuances ! En tout cas, je refuse de les considérer comme des marqueurs évangéliques.

Je me méfie aussi des sous-entendus derrière l'usage du terme évangélique, comme s'il s'agissait d'un label de fidélité, une sorte d'AOC spirituelle qui garantit la conversion authentique et l'orthodoxie doctrinale !

Pour autant, je reste attaché à cette grande famille protestante que sont les évangéliques, et à laquelle je continue à me rattacher. C'est un repère... que j'aimerais quand même essayer de définir à ma façon.

Je préciserai d'abord que pour moi, être évangélique, c'est être protestant. Ce qui ne signifie pas, évidemment, que je ne reconnais pas comme frère les croyants d'autres confessions chrétiennes ! Mais les évangéliques ne constituent pas une confession chrétienne au même titre que les catholiques, les orthodoxes ou les protestants. C'est une famille du protestantisme, une de ses composantes dès son origine. Dire cela permet de rattacher mon identité de protestant évangélique à une histoire. Je récuse le raccourci selon lequel un évangélique se rattacherait exclusivement et directement à la Bible. En tant qu'évangélique, je suis au bénéfice d'un héritage présent dès la Réforme puis dans les Réveils successifs qui ont marqué l'histoire du protestantisme.

Pour moi, être évangélique, c'est avoir une foi personnelle en Jésus-Christ. Une foi centrée sur la personne de Jésus-Christ, fondée sur une rencontre avec le Christ vivant. C'est être convaincu non seulement de l'existence de Dieu mais de son amour pour nous, manifesté pleinement en Jésus-Christ et déversé en nous par le Saint-Esprit. Et choisir, librement et consciemment, de le suivre.

Pour moi, être évangélique, c'est avoir un rapport confiant à la Bible. Ça ne veut pas dire avoir une lecture naïve ou exclusivement littérale ! C'est considérer la Bible comme un livre fiable dans ce qu'il dit, y trouver le moyen privilégié pour Dieu de nous parler, la lire comme la Parole de Dieu, donnée pour les humains, à travers les humains. Mais c'est une Parole qui s'adresse aussi à mon intelligence et qui nécessite une étude sérieuse pour la comprendre et ne pas en tordre le sens.

Alors peut-être que certains non-évangéliques se reconnaîtront dans ma compréhension de l'évangélisme. Tant mieux ! Je n'ai pas envie d'une identité évangélique fermée ! Être évangélique ou pas, ce n'est pas le plus important. Le plus important, c'est de connaître Jésus-Christ ! N'est-ce pas là, d'ailleurs, le cœur de l’Évangile ?

Commentaires

  1. Merci Vincent, de recentrer la définition des évangéliques sur Jésus-Christ notre Sauveur et Seigneur ! C'est effectivement l'essentiel, au delà des débats théologiques ou sociétaux du moment. On a parfois tendance à l'oublier. Il faut dire que ce n'est pas très porteur pour les media qui cherchent toujours à simplifier jusqu'à la caricature.
    Ceci étant, il est naturel que nous exprimions notre opinion sur les sujets de société. On veut nous marginaliser et bâillonner notre voix au prétexte que nous voudrions "imposer" notre vision chrétienne du monde. C'est oublier que la loi de 1905 nous autorise à nous exprimer (non, la foi n'est pas un sujet tabou que l'on doit garder pour soi ou dans des cercles restreints - voir les excellents petits livrets édités par le CNEF : « Libres de le dire... »). De plus, n'en déplaise à certains, nous sommes citoyens et même électeurs ! Donc, exprimons-nous, même si certains nous qualifient de réactionnaires !
    Comme tu le dis, nous tombons parfois (souvent?) dans le piège du cliché qui nous est tendu. J'ai entendu quelqu'un dire « Je ne comprends pas qu'un chrétien puisse ne pas être de gauche ! ». D'autres diraient le contraire (cf. les articles de certains sites évangéliques dans le cadre des dernières élections présidentielles). Comment sortir de l'ornière et faire valoir une voix nuancée, indépendante, soucieuse de fidélité à l'évangile et ouverte à notre prochain ? C'est un énorme défi. Je te remercie pour la contribution que tu cherches à y apporter grâce à ton blog !
    Luc-Henri

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    1. Mais tu es luthérien ! Cum grano salis.
      Quant à la Loi de 1905, elle réalise ce pourquoi les Églises "libres" le sont devenues : se libérer de la tutelle des articles organiques.

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    2. Luthérien évangélique ? Oui, pourquoi pas... ;) Je tiens à l'héritage divers du Protestantisme !

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  2. Comme l'a dit Luc-Henri, merci d'avoir recentrer la définition des évangéliques sur Jésus-Christ notre Seigneur et Sauveur .

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  3. Finalement tout dépend où on place le curseur entre une position ultrafondamentaliste et une autre ultralibérale, l'une et l'autre tendant à une forme d'exclusion élitiste. Au milieu, il y a beaucoup de place pour le respect de l'autre dans sa façon de croire, de vivre sa foi, d’interpréter les textes bibliques et son éthique personnelle. N'est-ce pas là une position plus évangélique (au sens propre du terme : relative à l'Evangile) ? ;)

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  4. Je suis d'accord avec vous mais "en même temps", quand on est chrétien cela doit se voir dans notre vie qui n'est pas nécessairement conforme à l'air du temps !

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    1. Bien-sûr ! Il faut parfois, au nom de l'Evangile, assumer de ne pas être conforme à l'air du temps. Simplement, on n'est pas non plus obligé non plus d'être forcément à contre-temps...

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